L’APPELLATION SAINTE-CROIX-DU-MONT

UN PEU D’HISTOIRE

Depuis 1648, le Château Bel Air fait partie des plus anciennes propriétés du célèbre vignoble de Sainte-Croix-du-Mont. En effet depuis plus de dix générations la famille Méric s’est installée et exploite ces terres si prometteuses. A ses débuts, la propriété s’appelait Vilatte, qui est l’un des plus anciens et connus des quartiers de la commune.
L’Aquitaine est une terre depuis longtemps aimée et pratiquée par l’homme. Sans avoir à évoquer les anciennes peuplades qui s’y étaient déjà établies dans des temps très anciens, on sait que les Romains avaient très tôt colonisé la partie de son territoire qui nous intéresse et qui correspond en gros à la région bordelaise, y installant les premières villas et introduisant la vigne, jusque là cultivée en Narbonnaise et en Italie.

A la suite de leur occupation, qui s’étendit jusqu’au IIe siècle de notre ère, cette terre riche devint rapidement l’objet de convoitises et rivalités. On ne compte plus les conquêtes et les invasions qu’elle connut pendant plusieurs siècles. Au XIIe siècle, l’Aquitaine échappe à la France avec le divorce d’Aliénor d’Aquitaine qui apporte son duché en dot au roi d’Angleterre, son nouveau mari. L’Aquitaine restera sous domination anglaise jusqu’au milieu du XVe siècle. Partie de cet immense duché, le terroir du Sainte-Croix-du-Mont, qui se situe dans ce que l’on appelle l’Entre-Deux-Mers, produit déjà sur ses coteaux et collines d’excellents vins très appréciés des Anglais. Ce qui les conduit à le protéger contre les incursions des Français. Une forteresse, le Château de Tastes, y est érigée.

Ce château surveille et protège les marchandises qui circulent sur la Garonne. De 1316 à 1342, le Roi d’Angleterre accorde franchises et privilèges divers sur la vente du vin de la « juridiction de Sainte-Croix-du-Mont ». Jouissant de ce fait d’une plus large autonomie, l’activité commerciale se développe. Le commerce du vin y a une part importante. Mais cette période faste est perturbée par les constantes exactions des Français qui jalonnent la reconquête du royaume auquel l’Aquitaine sera finalement réintégrée en 1453. L’activité viticole s’y maintient avec le même bonheur dans les temps qui suivent.

Des écrits du XVIe siècle nous apprennent que production et vente du vin prédominent. Henri IV avait appelé des Hollandais pour assécher les marécages. D’autres compatriotes n’avaient pas tardé à suivre ces pionniers. Intéressés par la production de vin blanc qui servait de base de préparation à leurs alcools nationaux, ils l’exportent puis développent les vignobles de ce type. Ce sont eux qui introduisent une nouvelle technique : le soufrage. On fait brûler dans les barriques une mèche imprégnée de soufre. La fermentation est arrêtée et les sucres résiduels sont conservés.

Au XVIIe siècle, les bordelais appartenant principalement à la bourgeoisie parlementaire ou commerçante se font édifier sur ce terroir d’élégantes « maisons des champs », entourées de vignes, à la fois lieux de plaisance rurale et domaines vinicoles. Quelle que soit la légende qui attribue à un chevalier de retour de croisade, la découverte des bienfaits de la pourriture noble sur le raisin, aucun témoignage daté ne vient préciser quand elle fut effectivement reconnue et utilisée. L'on sait seulement qu'à l'époque il était habituel de vendanger très tardivement ce qui donnait un vin très riche demandant à vieillir plusieurs années en barrique.

On arrive ainsi à la deuxième partie du XIXe siècle où le phylloxera envahit le vignoble de Sainte-Croix-du-Mont. Il eut une action néfaste comme sur nombre de vignobles en France. Heureusement des soins palliatifs furent appliqués avec succès et les dégâts limités. Le commerce du vin put se maintenir et son acheminement par voie fluviale se perpétuait. Aujourd'hui le Sainte-Croix-du-Mont est toujours aussi apprécié et des institutions syndicales se chargent d'assurer défense de son appellation et sa promotion.

UN PEU DE GÉOGRAPHIE

Etendu sur 450 hectares à proximité de Bordeaux, le site viticole du Sainte-Croix-du-Mont domine la rive droite de la Garonne, qu’il surplombe de plus d’une centaine de mètres. Cette Appellation d’Origine Contrôlée de la région Bordelaise est largement reconnue pour la qualité de ses vins blancs liquoreux.

Les vignes, âgées de plus de 30 ans, bénéficient d’une exposition privilégiée Sud- Sud-Est, sur un sol argilo-calcaire, enrichi de fossiles marins. En effet, d’immenses bancs d’huîtres fossiles accumulés à l’ère tertiaire, au Miocène inférieur (début de la seconde partie du Tertiaire), il y a environ 20 millions d’années, dans une lagune s’adossant à un léger relief déjà présent à l’époque, apportent une richesse en iode exceptionnelle. Les formations superficielles qui recouvrent le territoire de Sainte-Croix-du-Mont comprennent des terrasses alluviales, un substrat calcaire ou marneux, et un feutrage assez général des sédiments superficiels par des colluvions plus ou moins limoneuses. Ces sols argilo-calcaires et le plateau graveleux de cette A.O.C. permettent au cépage blanc de cette appellation, de s’épanouir et de donner des vins de grande qualité.

En bref :
Appellation principale : Sainte-Croix-du-Mont | Type d’appellation : AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) | Reconnue depuis : 1936 | Région parente : vignoble de Bordeaux | Localisation : Gironde | Sous-région : Entre-deux-Mers | Climat : océanique | Sol : banc d’huîtres fossilisées | Superficie plantée : 450 hectares | Cépages dominants : sémillon B, sauvignon B et muscadelle B[2] | Vins produits : liquoreux | Production : 14 000 hectolitres en 2009 | Pieds à l’hectare minimum : 5 000 pieds par hectare | Rendement moyen à l’hectare : maximum 40 à 44 hectolitres par hectare

LA VIGNE

Trois cépages entrent dans l’élaboration de nos vins liquoreux

Le Sémillon

Le Sémillon est un cépage d’assemblage vigoureux et rustique mais on doit en limiter fortement la quantité au profit de la qualité. Par une taille courte – 4 ou 5 “cots” ou coursons à 2 yeux – on garantit une qualité optimale. Mais surtout il est parfaitement adapté à recevoir le Botrytis Cinerea. Il concentre le sucre naturel du vin et les principaux composés aromatiques.

Le Sauvignon

Ce cépage blanc donne des vins blancs aromatiques d’une grande finesse. Par sa haute acidité il intervient en complément et comme régulateur du sémillon. Ce cépage très abondant mais assez peu prolifique nécessite une conduite en taille longue. Il a besoin d’être maîtrisée par une implantation sur un sol moins fertile et par un porte-greffe faible. Il faut aussi adapter taille et épamprage en fonction de sa vigueur.
Il vient vite à maturité, c’est pourquoi on le récolte en premier ce qui lui conserve ses qualités aromatiques.

La Muscadelle

La muscadelle est un cépage blanc traditionnel du Bordelais. C’est le troisième cépage à entrer dans la composition des vins liquoreux de Sainte-Croix-du-Mont. Les arômes très intéressants qu’il développe le rende primordial et compense les difficultés qu’il peut présenter à la culture en raison de sa fragilité et de son exposition aux maladies. Son goût très accentué est lié à son murissement rapide qui provoque l’installation du Botrytis.

Un allié de la vigne à contrôler scrupuleusement !

Comme souvent dans la nature, le hasard, la lutte et la rivalité des espèces amènent le pire et le meilleur. Le Botrytis Cinerea en est un merveilleux exemple du meilleur. C'est un champignon qui produit une moisissure grise dont l'action non contrôlée pourrait occasionner des dégâts importants. Mais cette moisissure est appelée aussi "pourriture noble". En effet, elle a pour avantage de concentrer naturellement les sucres du raisin donnant au vin ses saveurs et arômes exceptionnels, d'où son intérêt. Le Botrytis est présent dans la vigne dès l'hiver. Il reste en attente de l'arrivée du Printemps et se réveille lorsque la température s'élève et que l'ensoleillement augmente. Dès la floraison de la vigne, iI va la coloniser et y restera passif jusqu'à la véraison des grains. A la fin du mois de Juillet, et plus habituellement au mois d'Août, les matinées redeviennent plus fraîches, plus humides. Les brumes créées par la condensation de la rosée associée à l'humidité des cours d'eau locaux provoquent alors son développement. Cependant les journées restant chaudes et sèches ralentissent son expansion. Il tente alors vainement de percer la pellicule du raisin ce qui colore sa peau de taches violacées. C'est le pourri plein. Sous l'action conjuguée du champignon et du soleil qui évapore l'eau, des fissures commencent à apparaître sur la pellicule des baies Le jus du raisin se concentre en sucre, en certains acides et en glycérol. Le raisin se rabougrit. Ce n'est que lorsque le raisin aura enfin atteint l'étape dite de rôti, que la vendange pourra commencer, ce qui explique qu'elle soit tardive. Des ramassages manuels et successifs sont effectués sur les raisins sains et arrivés à une parfaite maturité. C'est une opération longue et délicate car elle exige des tris sélectifs, grain par grain, qui se prolongent sur plusieurs semaines.